
Traverser l’Atlas à moto : cols, villages et panoramas
La route s'élève depuis Marrakech, et en moins d'une heure, la chaleur ocre de la plaine cède la place à une fraîcheur minérale. Devant nous, l'Atlas marocain se dresse, immense, déchiré de vallées profondes et couronné de sommets qui gardent encore la neige en avril.
La route s’élève depuis Marrakech, et en moins d’une heure, la chaleur ocre de la plaine cède la place à une fraîcheur minérale. Devant nous, l’Atlas marocain se dresse, immense, déchiré de vallées profondes et couronné de sommets qui gardent encore la neige en avril. Casque sur la tête, gants serrés, nous entamons ce qui deviendra l’un des voyages les plus marquants que la moto nous ait jamais offerts.


Le Tizi n’Tichka, premier vertige
La montée vers le Tizi n’Tichka est un avant-goût de tout ce qui suivra. La route, récemment élargie, serpente entre les villages berbères accrochés à flanc de montagne. À chaque virage, le paysage se recompose : terrasses cultivées, troupeaux de chèvres qui s’écartent paresseusement, vieilles femmes en foulard coloré qui lèvent la main en nous voyant passer.
Au col, à 2 260 mètres, le vent est mordant mais la vue coupe le souffle. Des enfants tendent des améthystes brutes et des fossiles ramassés plus haut. Nous nous arrêtons pour un verre de thé à la menthe brûlant, servi dans un petit café où les camionneurs refont le monde en arabe et en tachelhit.
Aït-Ben-Haddou et la route des casbahs
Redescendre vers le sud, c’est basculer dans un autre monde. La terre rougit, les palmeraies apparaissent, et soudain, au détour d’une courbe, Aït-Ben-Haddou se découpe contre le ciel. Le ksar, inscrit au patrimoine de l’UNESCO, ressemble à un décor de cinéma, et pour cause : Lawrence d’Arabie, Gladiator, Game of Thrones y ont planté leurs caméras.
Nous dormons à Ouarzazate, puis prenons la route des mille casbahs vers Skoura. Les motos avalent les kilomètres entre les champs de safran et les oasis, et chaque village traversé semble figé hors du temps.

Les gorges du Dadès, un rêve de pilote
Si l’Atlas a un joyau pour les motards, ce sont bien les gorges du Dadès. La route qui les remonte est une chorégraphie d’épingles à cheveux, un ruban d’asphalte cousu entre des falaises ocre sculptées par le vent. Les fameux lacets vus du ciel, on les prend avec une concentration presque religieuse, le regard sautant du bitume aux formations rocheuses surnommées « les doigts de singe ».
Nuit dans une auberge familiale, tajine de poulet aux olives, et ce silence particulier des montagnes quand le vent tombe.
Imilchil et le Haut-Atlas secret
Le lendemain, nous osons la piste vers Imilchil, un village perché à plus de 2 000 mètres, célèbre pour son moussem des fiançailles. C’est là que l’Atlas se fait plus rude, plus brut. Les routes se dégradent, les 4×4 se font rares, et l’on croise parfois un berger seul avec ses chèvres, enveloppé dans sa djellaba brune comme dans un tableau.
Les lacs jumeaux d’Isli et Tislit scintillent au pied des montagnes, avec cette légende amazighe qui raconte l’amour impossible de deux jeunes gens dont les larmes auraient formé les lacs.
Ce que l’Atlas Marocain nous laisse
Après huit jours, les motos sont poussiéreuses, nos visages tannés, nos carnets pleins. L’Atlas n’est pas une destination que l’on « fait ». C’est un territoire qui s’éprouve, virage après virage, thé après thé. On en revient avec le sentiment d’avoir traversé non pas un paysage, mais une manière d’habiter le monde : lente, hospitalière, accrochée à la pierre et au ciel.
Et déjà, en rendant les motos, on cherche sur la carte ce qu’on n’a pas eu le temps de voir. Parce qu’il y aura une prochaine fois. Forcément.
